Parler de "nouveaux citoyens du monde"  évoque un objectif de sagesse dont la mise en œuvre est devenue indispensable pour donner une chance de voir apparaître une nouvelle civilisation compatible avec un environnement totalement inédit !

Clin d’œil nostalgique en direction du citoyen d’Athènes ou de la notion d’honnête homme cher à Montaigne. Nostalgie, certes, mais impulsion pour identifier les rêves de nos ancêtres, valider leur pertinence intemporelle et comprendre pourquoi leurs concrétisations ont été éphémères. Telle est la voie permettant d’en faire pour nous une source d’inspiration afin de concevoir ce que pourrait être le citoyen de demain adapté à son époque.

C’est là une occasion d’illustrer concrètement ce lien fécond à cultiver entre hier et demain, entre héritage culturel et innovations conceptuelles. Voir article entièrement consacré à ce thème essentiel

Quel est le profil du nouveau citoyen ?

Bien sûr, il y a la prise en compte de tous les paramètres intervenant dans la « crise » actuelle
Mais que dire d’autre ?

  • Il y a tout d’abord le double positionnement visant à concilier individu et citoyen
  • Il y a le double positionnement géographique : renforcer ses attaches locales tout en gardant une vision planétaire
  • Il y a ensuite une curiosité inlassable lui permettant d’approcher les sciences et la réflexion sans être un spécialiste mais lui donnant une vue d’ensemble de ce qui anime son époque
  • Il cultive la voie du milieu et utilise le réflexe du changement de regard pour faire émerger de nouvelles perspectives et de nouvelles solutions
  • Il se réfère à la pensée complexe, aux approches globales ; il intègre paradoxes et incertitudes
  • Il met en perspective ses gestes quotidiens et toutes ses activités avec l’histoire incroyable de l’humanité qui se déroule sous ses yeux et à laquelle il participe en conscience, pleinement engagé, sans se laisser décourager par des hypothèses d’effondrement, tant sont nombreux les facteurs d’incertitudes, pour le meilleur et pour le pire.

La culture générale

Thème abordé par ailleurs à de multiples occasions, il mérite quelques précisions complémentaires.

Le regard porté sur l’environnement est qualifié par certains auteurs de VICA, évoquant ainsi quatre de ses caractéristiques

Volatil ou Vulnérable Incertain Complexe Ambigu

Toute formule condensée a ses limites. Si ces paramètres sont pertinents, ils entraînent chez nombre de personnes un sentiment de « chaos » ; or ce ressenti est relatif car il se trouve modulé par la qualité des lunettes que l’on porte. Si la situation actuelle, si les projections pour le futur se font exclusivement avec nos anciens réflexes, anciennes manières de regarder, de comprendre, d’analyser, d’apprécier, d’évaluer, alors, oui, c’est le chaos complet avec le désarroi et l’anxiété qui en découlent. A défaut de formule magique pour supprimer ce sentiment de chaos, il est possible de le relativiser, voire de lui donner du sens. Et donc de pouvoir agir de manière adéquate.

L’efficacité de nos lunettes dépend de deux gestes élémentaires : les nettoyer et élargir le champ de vision ! Dispositions devenues impératives pour avoir une chance de continuer de vivre le mieux possible dans un contexte tourmenté et imprévisible.

  • Nettoyer car elles se sont embrumées au fil du temps par des habitudes, des réflexes, des conditionnements qui colorent notre quotidien et qui le rendent confortable à vivre : cela évite, en effet, de se poser trop de questions mais la réalité s’éloigne de nous progressivement pour laisser une place grandissante au chaos « ressenti » !

  • Élargir le champ de vision car changer de perspective, de point de vue, de regard –autant d’expressions à prendre au propre et au figuré- rend possible une perception globale des enjeux et des phénomènes permettant d’agir de manière lucide en limitant les cahots du chaos.

La métaphore des lunettes conduit à centrer nos engagements sur deux préalables que voici :

  • Connaissance de soi
  • Connaissance du monde

C’est là que la culture générale, les fondamentaux, les Humanités trouvent toute leur raison d’être

Ces deux démarches semblent moins urgentes qu’un remplacement de chaudière au fuel, mais elles sont essentielles pour vivre une transition en conscience et de manière féconde. Façon de rebondir sur les propos de Rob Hopkins, le fondateur des Villages en Transition, qui disait que la transition est bien plus qu’une question de panneaux solaires et de carottes !

Enrichir de nouvelles « humanités »

Universités

La place décisive à réserver à la culture générale a conduit depuis peu nombre d’Universités et de Grandes Écoles à introduire une spécialisation « Humanités » : Des « masters » sur 3 ans leurs sont consacrés en lien avec toutes les disciplines. C’est dans cette logique que je vois confortée la pertinence de l’arrière plan donné à nos formations, et l’utilité des stages spécifiquement dédiés à cette nécessité de connaissance, ce qui constitue une partie ou un complément de ces « humanités classiques » :

Ancrage dans un monde en mutation
Changer pour vivre et penser autrement

Entreprises
En outre, cette prise en compte des « humanités » intervient désormais dans les critères d’embauche des entreprises, alliées à l’appréciation des « qualités humaines ». Ce ne sont pas là des choix philosophiques abstraits, ou un effet de mode, mais bien des critères concrets et réalistes. Il serait dommage de ne pas en saisir l’importance immédiate et de les mettre à profit pour les causes qui nous tiennent à cœur.

Sociologie

Cette prise de conscience inspire sans relâche les combats que continue de mener Edgar Morin quand il écrit
• « Une connaissance capable de saisir les problèmes globaux et fondamentaux pour y inscrire les connaissances partielles et locales est à privilégier. »
et encore
• « La notion de connaissance de la connaissance est une nécessité première pour affronter les risques permanents d’erreur et d’illusion, qui ne cessent de paralyser l’esprit humain. Il s’agit d’armer chaque esprit dans le combat vital pour la lucidité. ».

Formations de l’École Buissonnière

Dans la perspective d’une transformation de l’humanité, il y a là une exigence et peut-être même une urgence, de pouvoir prendre son envol avec de nouveaux outils tout en puisant dans les racines entrecroisées de notre histoire et des découvertes contemporaines. Nous retrouvons la formule de sagesse africaine : donner des racines et des ailes. Une telle approche s’inscrit dans une vision globale, non dualiste. La culture générale permet la réconciliation féconde entre tous les opposés : philosophie et science, traditions et modernité, etc. Voilà une des caractéristiques des citoyens du monde de demain, curieux, lucides, libres, créatifs, répondant aux nouveaux défis en mettant en œuvre les 4 réponses VICA :

Vision Information Clarté Agilité

Capture Marol

Cadeau que m’avait fait Jean-Claude Marol ; ce dessin résume à merveille le cheminement du citoyen du monde. Un solide ancrage, un précipice dont on ne voit pas le fond sur lequel s’engager d’un pas ferme sans discerner la rive de destination avec un fil que le funambule déroule lui-même au fur et à mesure. Merci Jean-Claude pour la sagesse que tu savais mettre en quelques coups de crayon dans tes incroyables dessins !